Jupe plissée en bord de Meuse, au son des bottes, vole des pommes de terre
L’imper orphelin, son amour perdu sous la pluie meurtrière, passe entre les mailles
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Au port altier défile cette jeune mélancolie, en ballerines près de la Senne
Sourire d’un jeune panama à l’espiègle mousseline, valse des amants, le destin en cabas
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Une rondeur s’invite sous sa blouse, robe blanche pour l’alliance pressée
Petite Claire en arrière-boutique, s’esquissent dames fécondes et beau linge
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Tout pour la maman noue joliment les fins de mois
Quand le mari en fête tombe toutes ses bretelles
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Foulard sur la côte d’azur s’accroche à son coureur de jupon
Pleurs sylvestres, traine de nuit chiffonnée à en perdre le fil
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La patience en guenille, la fibre s’en est allée
L’alcool boutonne ses tristesses, silences irréversibles
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Dans ton sofa chagrin, chemise en soie, cheveux d’argent
A la toison d’or, encore belle mais décousue, tu me souriais
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Après une jeunesse liégeoise désœuvrée, marquée par la mort de son père, puis celle de son premier amour, un soldat américain tué par un bombardement allemand, Irma (ma grand mère) commence une carrière de mannequin chez Natan.
Partie tenter sa chance à Bruxelles, elle y fait la rencontre lors d’une soirée d’un bel échalas, Albert Herman dit « Tino », 10ème enfant d’une famille bourgeoise, dont elle tombe très amoureuse. Ce futur représentant en textile a tout juste 21 ans, elle en a 29.
Tombée enceinte « par accident » de Claire (ma mère), elle se marie avec Tino dans la précipitation, sans le consentement ni la présence de la famille de ce dernier.
Plutôt volontaire et débrouillarde, elle lance au début des années 50 sa boutique « Herman, tout pour la maman », au 83 chaussée de Wavre à Ixelles. Spécialisée dans la confection de robes élégantes et sur mesure pour les futures mères (qu’elle vient de devenir). Une réelle innovation pour l’époque. Une activité qu’elle mène avec un certain succès jusqu’en 1972, moment où les commerces du coin opèrent leur mutation en quartier « Matonge » et la concurrence du prêt à porter fait son œuvre avec l’arrivée des magasins Prémaman entre autres.
Irma souhaite ouvrir une nouvelle boutique avenue de la Toison d’Or à quelques centaines de mètres, où ils habiteront un appartement jusqu’à la fin de leur vie et où grandira leur seconde fille, Sylvie (ma tante). Sans l’appui de Tino qui garde les cordons de la bourse, elle abandonne le projet et s’enferme petit à petit dans une profonde dépression, mêlée d’alcool et de tristesse insondable, face à son mari volage, buveur et sorteur invétéré.
Mon grand père, bien qu’issu d’une famille nantie, a eu une enfance fragile et loin des siens, toujours un peu en recherche d’attention. C’était un bon vivant, un peu rentier, qui a glissé doucement vers l’oisiveté, m’entraînant dès mes 14 ans dans ces virées alcoolisées avec son inséparable chien Oscar, même lorsque son diabète mal soigné l’amputa d’une jambe.. mais c’est une autre histoire.
Je n’ai jamais connu Irma vraiment sobre, ni eu l’occasion d’échanger une réelle conversation lorsque je venais les visiter dans leur appartement, quelque peu abandonné au passé, comme elle. Fantomatique et silencieuse, elle était le plus souvent assise dans son canapé, devant la tv allumée non stop, le regard perdu dans le vide.
Ce texte est une façon de lui rendre hommage, de parler d’un destin d’une femme créative et brillante, brisée par le chagrin et dont il ne reste que peu de traces, mais dont j’admire profondément le parcours.


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