Irma

Jupe plissée en bord de Meuse, au son des bottes, vole des pommes de terre

L’imper orphelin, amour perdu sous la pluie meurtrière, passe entre les mailles

Au port altier défile la jeune mélancolie, ballerines près de la Senne

Sourire du panama à l’espiègle mousseline, valse des amants, destin en cabas

Une rondeur s’invite sous la blouse, robe blanche pour alliance pressée

Claire en arrière-boutique, s’esquissent dames fécondes, une princesse paola

Foulard sur la côte d’azur s’accroche à son coureur de jupon

Pleurs sylvestres, traine de nuit chiffonnée, espoir à l’envers

La fibre s’en est allée, avenir en guenille

L’alcool boutonne ses tristesses, silences irréversibles

Ajustée au sofa chagrin, chemise en soie, cheveux d’argent

A la toison d’or, avec élégance, décousue tu me souriais

Après une jeunesse liégeoise quelque peu désœuvrée et marquée par la mort de son père, quand elle était en bas âge, puis celle de son premier amour, un soldat américain tué par un bombardement allemand, Irma a commencé une carrière de mannequin.

Partie tenter sa chance à Bruxelles, elle y fait la rencontre d’un grand échalas, surnommé « Tino », 10ème enfant d’une famille nantie, dont elle tombe très amoureuse. Ce futur représentant en textile a tout juste 21 ans, elle en a 30.

Enceinte « par accident » de Claire (ma mère), elle se marie avec lui dans la précipitation, sans le consentement ni la présence de la famille de ce dernier. Plutôt volontaire, elle lance une boutique au rez-de-chaussée du xxx chaussée de Wavre qui sera aussi leur maison, spécialisée en vêtement pour les futures mamans. Innovation pour l’époque. Une activité qu’elle mènera avec un certain succès jusqu’en 1972, moment où les commerces du coin opèrent leur mutation accélérée en quartier « Matonge » et la concurrence du prêt à porter fait son œuvre.

Irma souhaitait ouvrir une nouvelle boutique avenue de la Toison d’Or où ils habiteront un appartement jusqu’à la fin de leur vie et où grandira leur seconde fille, Sylvie (ma tante). Sans l’appui de Tino, elle abandonna le projet et s’enferma petit à petit dans une profonde dépression, mêlée d’alcool et de tristesse insondable, face à son mari volage, buveur et sorteur invétéré. Il avait aussi eu une enfance compliquée et ses bons côtés, mais c’est une autre histoire.

Je n’ai jamais connu Irma vraiment sobre, ni ai eu l’occasion d’échanger une réelle conversation lorsque je venais visiter mes grands parents dans leur appartement, abandonné au passé, comme elle. Fantomatique et silencieuse, elle était le plus souvent assise dans son canapé, devant la tv allumée non stop, le regard perdu dans le vide.

Ce texte est une façon de lui rendre hommage, de parler d’un destin d’une femme élégante et brillante, puis brisée, que je cherche encore à connaître…

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