Les hommes papiers

Les hommes papiers

Une impression amère en billet d’espoir local

Aux passeurs des mers l’avenir se fait la malle

 

Pour de foutus papiers faut se mouiller à perte

Par chemins s’échapper de pages au corps inerte

 

Si la jambe croisée titre sans-papier c’est coton

Le fait divers sous-titre mâché la presse et violon

 

Décalquée au rouleau l’info feint la boulimie

Buvard du diner chaud elle s’avale jusqu’à la lie

 

Annoncez la couleur pas pied sans drapeau

Face au Nord contrôleur nulle réponse bateau

 

Alors Sud ton passeport pour l’importune visite

Sondent les sémaphores vers des mines proscrites

 

Au chant des sirènes c’est un phare d’escadrille

Parfois la coulée vaine, une vague de retour sans vie

 

L’Europe fait sa cocotte, Schengen son protecteur

Combien passent la porte d’une maison close de peur

 

A l’impression d’être volé, qu’il eut fallu mieux naître

Dans un présent vindicatif pour le futur de l’étranger

 

Soyons franco Germaine accueillir leurs géhennes

Soudanaise ou tchétchène est-ce bien notre veine

 

Ce cœur blasé de drames à la commande d’un écran

Gomme à souhait la trame par l’info-divertissement

 

A la roue de l’infortune meurt une famille en or

Est-ce donc le juste prix du public aux yeux morts

 

Par des recyclés d’infos, une série carbone USA

Les abrasifs like & xoxo, pas de j’aime pour Ceuta

 

Bouffant le grain quotidien Recto sort avec Visa

Sans carte clandestin, Verso s’agrafe à Lampedusa

 

En-tête de verres à bulles le ministre gaufré de soie

Acte les existences nulles, signées du rentre chez toi

 

On peut jouer au crayon rouge sans leçon à dicter

Le tableau ne bouge à l’aune du devoir manqué

 

Finissons la rhétorique, la dissertation d’un constat

Il y a des statistiques, certains hommes ne comptent pas

 

Adaptation musicale du texte par Loumèn  : https://soundcloud.com/loumenmusic/les-hommes-papiers

Un parfum d’Amérique

Un parfum d’Amérique

A l’hiver doudounnant la fin d’année 1993, certains walkman ronronnaient dans la poche des baggy, sous le méthodique Cash Rules Everything Around Me (C.R.E.A.M) du Wu Tang. Sur un sample des Charmels, leur slang brillait comme le grillz à la bouche du Reakwon. Le Clan y pointait toute sa verve à l’assaut de la fatalité des blocs, au diapason d’un grand millésime : Insane in the brain de Cypress Hill, Electric Relaxation de Tribe Called Quest et autres raps étoilés.

Cette année-là, C.R.E.A.M fut de la bande-son d’une épiphanie, rasant nos cheveux en quête d’attitude face à la déferlante grunge. Alors que Bill jouait du cigare à la Maison blanche, on ajustait les shoots au playground du parc Georges-Henri. Là, sous le préau enfumé par le blunt de New Jack locaux (une pensée ici pour Newton), un boomblaster crachait un condensé de Yo! MTV Raps ou du Cut Killer Show, ambiançant la succession des matchs sur demi-terrain.

Ce parfum d’Amérique ne s’arrêtait pas en si bon chemin : une vingtaine de cliques bruxelloises maturaient alors aux disciplines de la Zulu Nation, scratchant la dernière plaque dégotée chez Music Mania, vrillant des jambes galerie Ravenstein, ou en décorateurs fantômes du métro. Quant aux Puta Madre, Big Shot, CNN et autres malfrats linguistiques, ils s’instituaient maîtres de cérémonie de ce mouvement juvénile faiseur de Princes de la ville.

Notre ennui scolaire avait pris, à coups de fourches et de ballades nocturnes, la manie des calligraphies mal famées. Un blase inlassablement trituré aux canons du wildstyle nous embarquèrent sans peine sur les bancs de cette nouvelle école.  L’une de ses vitrines était la boutique Boogiedown qui se chargeait de fournir les couleurs de nos fantasmes à coucher dehors, comme un daron en crise de la cinquantaine. Au crépuscule, nous rompions le cordon familial sur la pointe des pieds pour rejoindre ce moteur à projection qu’était le crew, dont les traces ne valaient que pour le regard entraîné des pairs. Le terrain d’expression n’avait de limite que celle imposée par le lever du soleil et le faisceau des feu golfs GTi.

Ces plongées dans la zone interdite nous offraient un autre espace-temps, une corporation secrète à l’abordage de la monotonie et d’un statut confidentiel nourrissant nos besoins d’ailleurs et de création. Une pratique intense qui ne durerait qu’une décennie pour une majorité, bientôt moins friande de cache-cache avec les Starski, alors que d’autres courbes prendraient l’ascendant sur ces braquages graphiques dont le trip collectif allait doucement s’évaporer comme la fumée de nos rêves incandescents.

En novembre 2004, la disparition d’Ol’Dirty Bastard amputa le Wu de la technique de l’homme ivre tandis que leurs sabres s’émoussaient sur la vague d’un rap club conquérant. L’étendard parisien des 93NTM était également en berne et, malgré quelques gardiens ou innovateurs s’écartant des sirènes du showbiz, le « move » avait perdu selon moi quelque chose, probablement notre candeur d’adolescent.

Si depuis, nos échappées clandestines ont fondues en compos semi légales, fresques rémunérées ou juste une nostalgie pour certains, cette culture made in US n’a jamais cessé son expansion. Si le street art a percé les murs institutionnels, les trains continuent de se couvrir de Top 2 Bottom et des milliers de black books archivent toujours la dernière virée, poursuivant cette aventure nappée de sauce américaine.

Aux homies EXIT, NYPON, FADI, EKRE, APTE, OBSEK, VEN1, CLEAR, SHARM, FAB, MAXX, HERA, CRONE…

SHY

Chères mélanines

Chères mélanines

Bâtards qu’ils brayaient

A cracher sur vos tombes

Cet haras de bêtes décrets

Des ânes pur sang le comble

Quand Paris jouait le soir

Les airs de Saint-George

Une cale scellait à Dakar

L’humanité sous la gorge

De l’océan aux flambeaux

D’une vision monochrome

Sous le triangulaire fléau

D’étranges fruits syndrome

Des meurtres épidermiques

D’une noirceur indélébile

D’assassines chroniques

De Baltimore à Emmet Till

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Si d’aventures marrons

Seul un brin fut le nègre

Du mas aux plantations

Que de vies bien aigres

A la prison de mélanines

L’aliénation est le maton

La négritude l’enquiquine

Des pigments portefanon

Sous le jazz elle dandine

Dans l’Harlem renaissance

Et Du Bois jusqu’à Baldwin

Ont cheminé les délivrances

Des créoles aux zoreilles

Les demoiselles signares

D’une amère peau de miel

Classée chabine d’un quart

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Gens de couleur refrain

Ô daltonien le chœur

Rougeoyant son teint

Au festival des candeurs

Mais la maison blanche

Sous une ombre demeure

La colère noire s’enclenche

Quand marinent les peurs

Que pique la petite Rose

Par ta peau brune est moche

De l’école ma fille morose

A vouloir sonner la cloche

Celle tombant les fureurs

Qui martèlent de souche

Avant qu’un Ali rêveur

Un soir ne les couchent

 

– pix : W.E.B Dubois –

Animal Tram

Animal Tram

Par un froid de canard, je prends le tram 81 pour rejoindre Marilou au Red Monkey. Face à moi, un gars à l’haleine de bouc semble chercher la petite bête.. Je lui souris laconiquement, pris surtout par l’envie de pioncer comme un loir.  Alors qu’il ne me reste que quelques arrêts, je m’assoupis sur la banquette zébrée jaune et bleue, puis soudain..

Ce dodo m’assomme
A la tête d’un gang dingo
Pingouins en haut-de-forme
Queue-de-pie et mocassins croco

Six molosses minimum
M’escortent au Miawrano
Coffré dans un petit aquarium
Comme spectateur de bébête show

Un bocal ça déforme
Que croît ce vil crapaud
En mezzo le baveux performe
Ses gazouillis sur un étrange micro

Quelle voix difforme
Grogne un cochon bobo
Le chapeau à plume conforme
Au boa vert-pomme de sa laie aristo

Une accroc au rhum
Amie du combo d’asticots
Moquant les chicots informes
Du varan à smoking griffé Komodo

Un escroc qui slalome
Dans le commerce de gros
Patron volatile des galliformes
Lézardant sur son banc de maquereau

Ses crocs énormes
Consomment en apéro
Coco et cocottes filiformes
Fumées au cohiba et whisky à gogo

Mais le gentilhomme
Singeant un vieux bonobo
Est dans ce sacré capharnaüm
Venu pincer le mafieux incognito

Quel gecko énorme
Rumine la biche au kimono
Le fliquant comme l’opossum
Bien camouflé sous le coquet blaireau

Trop louche ces gnomes
Ça sent les poulets au kilo
S’écrie le visqueux bonhomme
Vociférant sa rage en noms d’oiseaux

Faut qu’on dégomme
Cette volaille et pourceaux
La sulfateuse à balles dum dum
Somme le boss au gorille en perfecto

Ô mollo les mômes
Ou je vous mets tous K.O
Les mafiosos lâchez vos magnums
Toi le cerveau reptilien fait pas le zozo

Dixit le majordome
Tapi derrière les zigotos

Le colt tendu en ultimatum

De cette cage à poule promise au fiasco

Sortez-moi de ce foutu bocal fais-je, pouvant m’extraire enfin de l’épouvantable traquenard. C’est un récidiviste m’apprend le boeuf en uniforme qui me libère d’un simple coup de sabot. Il est dans la nature depuis un moment.. Grâce à quelques pattes bien graissées, il a pu s’enfuir de la prison de Forest avant de disparaître dans la nature et d’ouvrir ce tripot. Il traficote aussi aux “Creux Divers” du bois de la Cambre, avec un certain Dodo-la-Morue, dont la spécialité est de rouler les gens dans la farine. C’est un beau coup de filet.. ça fait des mois qu’on traque cette anguille.

A cet instant, le cri perçant d’un pékinois, assis sur une vieille bique, me sortit brutalement de ce rêve sans queue ni tête,  juste à temps pour descendre du tram et m’éviter de poser un lapin à Marilou.

Loveur dose

Loveur dose

La nuit délire

Ô stupéfiant souvenir

En ritournelle cristalline

Je vous déroule mon spleen

D’un air de fête

A cette virée secrète

Ce cœur accroc vacille

En sa craquante compagnie

Quelle mort fine

La chenille fumaille

Ce trip en fait ta mine

La chasse au dragon se taille

Une ligne claire

Comme la lune légère

Calé sur ton coulis cannelle

Mon œil voit bonbon caramel

Ce bassin me trouble

Je le bois juste à la paille

Aspirant l’envie d’un double

A l’horizon d’une sacrée maille

Nos corps s’enlacent

Sur l’essence à dériver

Mise à feu de la mélasse

Injonction à mains serrées

De flocons ma douce

Au pic de ton Fujiama

La poudreuse nous émousse

J’introduis mon kamehameha

Mescaline saisie

En vers tueuse manie

Ma diction fond cahin caha

Cette héroïne pure inspirée de toi

Ejo

Ejo

Si nous sommes morts sans pouvoir se sauver de leur conte nilotique

D’un label noir, des yeux livrés au gin, de l’aveuglement fraternel

Des machettes chinoises, du travail organisé, des ondes meurtrières

D’une vision turquoise et d’impassibles témoins

Si nous sommes morts des croyances assassines,

De leur « massacre grandiose », d’une haineuse maisonnée, de pauvres collines

De querelles importées, des cris silencieux, d’images ressassées à l’abandon des regards

Si, malgré les justes, nous n’avons pu éviter le fleuve des corps et des entailles

De silhouettes roses laissées à nos fantômes, des cols blancs repus d’une pensée inique

D’un feu qui n’est toujours pas éteint

Nos esprits veillent sur les ombres portées à la bougie des mémoires

Des retours au pays, de danses nouvelles

Sur le chemin des cicatrices ont poussé des milliers d’enfants

Dont les voix libres porteront notre flambeau

Bons baisers de B.

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Fille d’Europe, en vitrine du Nord

En petite ceinture se boucle le sérail

Qui parcourt nos sombres hivers

S’il te regarde bien dans les yeux

Le passant saisit le charme discret

D’une façade retenue, ma Dame

Au pas de portes fantômes

Diva d’une Senne impure

De pluies froides et soleil infidèle

Qu’on laisse sans jamais quitter

Maîtresse promenant mes nuits

Une maison jamais close

Calippo

Calippo

Une embuscade

Des soldats ensablés

Au fort d’une seule marée

La guerre en plastique fait rage

Au son des vagues

Trafic de fleurs en papier

Contre un seau de coquillages

A l’ombre furtive d’un cerf volant

Les jours fondent

Comme une glace à l’eau

A l’assaut du dragon brise-lame

Mon filet sillonne ses écailles de mer

Le cœur doré

Au soleil du Nord

Epris d’une jolie flamande

Je m’endors dans un lit-bateau