Irma

Irma

Des yeux orphelins fuient les champs de Meuse

Au son des bottes, le vol des pommes en terre

Le regard bleu, perdu comme ce premier amour

Sous la pluie meurtrière, passe entre les mailles

Au port altier défile la précoce mélancolie

Promène ses ballerines et boucles en Senne

Un sourire du panama à l’espiègle mousseline

Valse pour cinquante ans, le destin en cabas

Une rondeur se hisse sur les talons

Robe blanche pour l’alliance pressée

Claire en arrière-boutique, la mère esquisse

Des dames fécondes, la princesse italienne

Foulard à la côte d’azur, hiver en zibeline

S’habille aux regrets d’un coureur de jupon

Sous les pleurs sylvestres, la traine de nuit

S’endort chiffonnée, le cœur à l’envers

La fibre s’en est allée

Plus de maman, ni doublure

Seul l’alcool habille ses tristesses

Le regard absent, les silences irréversibles

Ajusté à ton siège, l’esprit chagrin

La chemise de soie, tes cheveux d’argent

Entre la toison d’or et la rue des drapiers

Avec cette élégance décousue, tu me souriais

Avenue des Camélias

Avenue des Camélias

Au chant d’oiseaux s’élève dans les arbres un brin de rousseur

Voleur de framboises, espion des jardins, armé d’un yoyo

Face aux humeurs paternelles, une mère complice

De pirates en cavale, du shogun tapi dans l’herbe

Loin du train train zigzague en diable de Mexico

Des rêveries à cheval sur le fidèle torpédo

Un baiser pour Imra, le goût des lacets rouges

A l’élastique été, rallonge les beaux jours

Danse sur les scorpions, diamants et perles

D’une enfance qui joue à cache cache

Avenue des camélias, pour toujours

Flocons sur la langue

Flocons sur la langue

Une ballade humide dans les Fagnes sublime le chocolat chaud et même ce vieux papier peint fleuri

L’allée du parc me parle toujours du traineau trainant encore l’espoir d’une sortie de cave

Ma main en boule bataille, comme la peur de la glace qui se brise sur les pas

Des tentes enneigées interrogent l’Office d’immeubles désespérément vides

Les nuits tombent avant le soir, les jours dorment au petit matin

La ferme du rouge cloître rejoue la charrette de Monet

La Mer a repris ses grands airs du Nord

Un bleu ciel drague le manteau blanc, ignorant d’imperméables gris

Ici on savoure la galette encore tiède, là on crève de froid

Les arbres nus s’assombrissent aux regards plein de compassion

Le col roulé, je songe aux téléphériques suspendus à Rio