Irma

Irma

Des yeux orphelins fuient les champs de Meuse

Au son des bottes, le vol des pommes en terre

Le regard bleu, perdu comme ce premier amour

Sous la pluie meurtrière, passe entre les mailles

Au port altier défile la précoce mélancolie

Promène ses ballerines et boucles en Senne

Un sourire du panama à l’espiègle mousseline

Valse pour cinquante ans, le destin en cabas

Une rondeur se hisse sur les talons

Robe blanche pour l’alliance pressée

Claire en arrière-boutique, la mère esquisse

Des dames fécondes, la princesse italienne

Foulard à la côte d’azur, hiver en zibeline

S’habille aux regrets d’un coureur de jupon

Sous les pleurs sylvestres, la traine de nuit

S’endort chiffonnée, le cœur à l’envers

La fibre s’en est allée

Plus de maman, ni doublure

Seul l’alcool habille ses tristesses

Le regard absent, les silences irréversibles

Ajusté à ton siège, l’esprit chagrin

La chemise de soie, tes cheveux d’argent

Entre la toison d’or et la rue des drapiers

Avec cette élégance décousue, tu me souriais

Avenue des Camélias

Avenue des Camélias

Au chant d’oiseaux s’élève dans les arbres un brin de rousseur

Voleur de framboises, espion des jardins, armé d’un yoyo

Face aux humeurs paternelles, une mère complice

De pirates en cavale, du shogun tapi dans l’herbe

Loin du train train zigzague en diable de Mexico

Des rêveries à cheval sur le fidèle torpédo

Un baiser pour Imra, le goût des lacets rouges

A l’élastique été, rallonge les beaux jours

Danse sur les scorpions, diamants et perles

D’une enfance qui joue à cache cache

Avenue des camélias, pour toujours

Flocons sur la langue

Flocons sur la langue

Une ballade humide dans les Fagnes sublime le chocolat chaud et même ce vieux papier peint fleuri

L’allée du parc me parle toujours du traineau trainant encore l’espoir d’une sortie de cave

Ma main en boule bataille, comme la peur de la glace qui se brise sur les pas

Des tentes enneigées interrogent l’Office d’immeubles désespérément vides

Les nuits tombent avant le soir, les jours dorment au petit matin

La ferme du rouge cloître rejoue la charrette de Monet

La Mer a repris ses grands airs du Nord

Un bleu ciel drague le manteau blanc, ignorant d’imperméables gris

Ici on savoure la galette encore tiède, là on crève de froid

Les arbres nus s’assombrissent aux regards plein de compassion

Le col roulé, je songe aux téléphériques suspendus à Rio

Lactées

Au village andalou passe l’ombre des nuages, un linceul couvre les visages blêmes

L’écume mordille la neige, terre du feu peuple yagan, peintres d’ivoire

Fumée de yourtes au pied du Pamir quand sous la lune chante le candomblé

Les pèlerins de la Kaaba tournoient sans fin, comme une robe derviche

Je suis château de sel, les dunes albâtres, le poisson d’argent au bord d’Essaouira

Marbre mausolée, un collier de marguerite, la chevelure des vieux jours

Empereur de la banquise, diagonale d’un fou, l’étoile du berger

Traversée

Traversée

Ce fut une éblouissante victoire, à l’élan fier et libre qu’on ne peut qu’embrasser

Y plonger d’insouciance, jouir de l’insatiable aventure jusqu’à l’ivresse

Puis emprunter le chemin de bouquets séchés, de ciels maussades et d’eaux troubles

Où ploient les tristes reflets, de vives blessures, la fleur de peau

Y croiser l’amour inexaucé, la solitude sans miroir, une colère inaudible

Qui conte les deux faces d’un monde qu’on ne peut vivre sans démons

Avant qu’une modeste lueur ne vous ranime le cœur d’une tendresse oubliée,

Y panser son âme, reprendre le souffle, sa vie devant soi

Alentejo

Alentejo

Des embruns aux forts, j’ai gouté la terre dorée

Les chênes en liège dans le blé des champs

Le repos des chevaux à l’ombre du cyprès

Des robes cuivres au soleil ruminant

J’ai vu les faïences d’un pays conté

De falaises ocres, des maures absents

Ces airs lointains en saudade

Aux récits soufflés d’argent

J’ai entendu le silence des épées

D’œillets laissés au vent

Sur la colline l’alezan se cabré

L’envol d’une cigogne pour l’océan

Guadalupe

Guadalupe

Traversée au pays des dieux

Du soleil, de la mort, de l’autre monde,

Suivre la procession des monarques, de vénérables gisants, le vol des aigles

Sous les masques de saints, des diables, d’homme-jaguar, c’est la lutte libre

Entre les murs invisibles, les marchands de rêves, les petites affaires

On prie notre Dame, les seigneurs de guerre, le patron céleste,

Au temple a succédé l’autel, à l’ombre des jacarandas,

Des yeux marrons portent la croix, le sang, l’enfant au visage pâle

Que l’on berce dans le hamac, avec quelques espoirs et désillusions

Dans cette mue, le serpent n’a pas perdu toutes ses plumes

Les oiseaux-danseurs voltigent encore devant les royaumes défaits

La providence, la malinche, les révolutions soufflent toujours leurs vents contraires

L’Archiduc

L’Archiduc

J’aime y passer tard et me poser dans un coin du balcon surplombant le vieux piano Förster, où joue ce soir un amateur de Monk. Un duo d’habitués s’improvise ministres de l’économie au comptoir, tandis qu’un groupe d’étudiantes du RITCS posé près de l’entrée trinque joyeusement à l’année écoulée, sous le regard d’un vieux couple de touristes américains, sirotant leur old fashioned. Dans cette ambiance familière comme le portait de Stan qui trône derrière les colonnes, je songe aux fantômes errant depuis près d’un siècle dans ce café aux faux airs de La Havane.

Une aventure qui démarre, sous la houlette d’une certaine Madame Alice, offrant une alcôve discrète aux secrétaires et agents de la Bourse toute proche, mais aussi un repère pour la faune nocturne qui aime s’encanailler dans le bas de la ville, dont un certain Charly Vogel dit « l’Archiduc ».

Avant de vous en dire plus, j’aimerai saluer l’ami Arno qui vient de s’asseoir sur la banquette près de la fenêtre, sa place favorite. Il habite à deux pas d’ici. On s’est rencontré à l’été 81, à Ostende, lors d’un concert de son groupe TC Matic. Il était alors cuistot pour Marvin Gaye, exfiltré du showbiz pour 18 mois de revitalisation et de sexual healing.

Mais revenons en à Charly l’Archiduc, ainsi surnommé pour l’élégante moustache en guidon qu’il arbore fièrement à cette belle époque dans le centre-ville, épicentre de ses activités. Sous ses airs respectables de grossiste en vin de la place Sainte Catherine, Charly œuvre également dans le trafic de cocaïne qu’il écoule dans plusieurs tripots, à destination des fêtards, artistes et cercles interlopes de la capitale. C’est à la suite d’une rencontre décisive que ce modeste commerçant a pris la tête d’un juteux business, lui permettant d’ouvrir diverses « blanchisseries », dont celle gérée par Madame Alice, sa partenaire en amour comme en affaire.

Cette dernière est la fille d’Angelo Mariani, pharmacien corse à l’origine du fameux vin éponyme, vitaminé aux feuilles de coca. L’élixir, très populaire grâce notamment aux publicités faites alors par d’illustres amateurs – dont Zola, Rodin et même le pape Léon XIII – est interdit depuis plusieurs années pour ses effets d’addiction sévères. Une grande guerre, la crise de 29 et une faillite plus tard, cette parisienne distinguée et sans le sou a trouvé refuge à Bruxelles chez une amie de longue date, la cantatrice Vina Bovy.

C’est au Palais des sports de Schaerbeek qu’Alice fait la connaissance de Charly, au cours d’un gala de boxe opposant le champion local Felix Wouters à l’Homme aux mains d’argile, Marcel Cerdan. Après quelques effets de manche sur leurs strapontins côte à côte, ils tombent instantanément amoureux. Elle s’éprend de ce dandy aux yeux bleus électriques, un peu filou et particulièrement drôle. Lui succombe à son regard espiègle, sa beauté naturelle et un rire désarmant. Ils deviennent très vite inséparables, se marient après quelques mois et décident bientôt de lancer ensemble une affaire risquée, mais porteuse d’un nouveau standing et de perspectives ambitieuses pour les jeunes amants. 

En effet, toujours connectée au réseau qui écoule depuis le port d’Anvers la coca péruvienne en Europe, limitée à présent à la fabrication de produits pharmaceutiques, Alice n’a aucun mal à convaincre Charly de reprendre le filon familial sous des voies plus souterraines. S’appuyant sur leurs carnets d’adresses mondains, dont un aventureux chimiste, ils décident d’investir leurs prêts et petites économies dans un troquet en décrépitude rue Dansaert, pour le transformer en coquet établissement. S’inspirant de la prestigieuse Coupole qu’Alice fréquentait à Paris, l’Archiduc est inaugurée en cette année 1937, avec l’appui d’une chanteuse de revue montante, Léonia Cooreman. Le club accueille progressivement le gratin des bourgeois bohèmes et artistes bruxellois, auxquels se mêlent une jeunesse débridée qui vient écouter des poètes ou musiciens de passage comme Fud Candrix, Django Reinhardt, Madeleine Ley ou le juvénile Boris Vian.

Le couple rayonne, s’offre une maison cossue boulevard de Waterloo après seulement deux années d’exercice et accueille toujours plus de monde derrière la façade turquoise de l’Archiduc. Toutefois, la fréquentation du lieu par des officiers allemands sous l’occupation, comme le train de vie ostentatoire de Charly éveillent peu à peu l’attention. Consommation excessive de poudre, costumes grandiloquents et écarts répétés du patron envers Alice menacent bientôt la florissante entreprise. C’est d’ailleurs, Léonia, habituée du lieu et devenue la maîtresse de Charly qui, à la suite d’une violente dispute, décide de balancer aux stups de l’Amigo toutes les confidences faites à l’horizontal.

Une descente à l’Archiduc s’ensuit, mettant à jour les comptes secrets et la longue liste d’amateurs de coco qui fréquentent l’institution comme d’autres points de distribution : le Falstaff, le Petit Lion ou encore le Verschueren. Alice est arrêtée sur le champs et passe quelques mois à la prison de Forest, avant de pouvoir retrouver sa liberté grâce à un juge indulgent, consommateur occasionnel de schnouff. Sans nouvelle de Charly depuis ses déboires, elle se résout à reprendre la route pour refaire sa vie à Paris, où elle retrouve sa voisine d’enfance Regine qui la prend comme associée dans sa boite de nuit le Whisky à gogo, à deux pas de Saint-Germain-des-Prés. J’ai perdu sa trace depuis…

Quant à Charly, en vadrouille au moment de la perquisition et prévenu de son issue fatale, il s’est planqué plusieurs jours chez son ami boucher VDB, figure politique locale avec lequel il a réalisé quelques affaires immobilières. Mais ce dernier, ne souhaitant pas s’encombrer trop longtemps d’un fugitif à même de faire chavirer sa carrière de jeune député, l’a prié de trouver rapidement un autre refuge.

Moustache rasé et déguisé en gourgandine avec l’appui de l’épouse de VDB, il espère pouvoir rejoindre Mathilde, une vieille connaissance, qui pourrait l’exfiltrer vers une cache à Anvers. Elle lui a donné rendez-vous au Pili Pili, dans la discrète Impasse d’une personne.  Arrivé à la porte du café vers minuit, il remarque derrière lui un homme en chapeau et imperméable noirs qui, avant de pouvoir sortir son colt 38, l’abat froidement et fait disparaître son corps dans la Senne. Si certains parlent d’un mari courroucé par quelque infidélité impliquant Charly ou d’un homme de main à la solde d’un échevin bruxellois trop près du dossier, ni moi ni personne n’eut le fin mot de l’histoire.

Quoiqu’il en soit, l’Archiduc est mis sous scellé, puis laissé à l’abandon deux années durant avant que le lieu amorce une seconde vie à l’été 53, sous l’impulsion du pianiste prodige Stan Brenders. Déchu par des soupçons de collaboration lorsqu’il menait sous l’occupation l’orchestre de Flagey, le projet d’un club de jazz lui offre alors un nouveau souffle : son piano a queue voit passer Brel, Miles, Nat King Cole, Barbara et autres stars étoilées. Après son décès en 1969, Madame Brenders continue de tenir la barque dont elle passe le relais à Jean-Luc en 1985 pour d’autres aventures, dont un très beau concert surprise des jumelles Ibyeyi ou le passage éclair d’une Lady gaga.

Je vous laisse avec mon ami chantant les yeux de sa mère, qui aura peut-être d’autres histoires de fantômes à vous conter, tant ils hantent comme nous les banquettes de l’Archiduc, car je dois rejoindre ce cher Marc Moulin à la Fleur en papier dorée pour un dernier verre…

Belle soirée,

La 3ème oreille

(Toutes ressemblances avec des personnages ou des faits réels est ici fortuite et l’objet d’une imagination divagante)

Kabaré

Kabaré

Il est une île volcan qui s’égrène en villes saintes,

Entre les oratoires, la marche du feu, l’appel à la prière,

Depuis les hauts jusqu’aux vagues indiennes,

Sous les alizés, les chants volatiles, le craquement des bambous

Il est une île volcan, où se dresse le silence des plantations,

D’une vallée secrète, l’ombre de la chapelle pointue,

L’écho des cirques refuges, le maloya dans les varangues,

Un pays cascade de domaines, de cases et de tôle,

Il est une île volcan, où s’illumine la couronne des pitons,

Le repli des bassins, le yogi du jardin d’état, la plage noire,

Cette nuit fournaise, la forêt de nuages, fougères et bois de rose,

Sous la garde du ressacs, des requins bouledogues, du marron devenu oiseau

Il est une île volcan, où dansent le Dieu-singe et la fête cafre,

Les zoreilles de passage, pattes jaunes, hanches zarabes,

Le chemin vers Cilaos, le ventre du margouillat, les mangues dans le cyclone

Nos yeux ivres de verts, de bleus, de lave, walali walala

Little Boy

Little Boy

1921, mine de Shinkolobwe, Congo.

Edgar Sengier, directeur de l’Union minière du Haut Katanga, a commencé activement l’exploitation d’un minerai aux vertus rayonnantes pour la curiethérapie, la technologie militaire et les comptes de la florissante Société générale de Belgique, fer de lance de la colonisation industrielle du territoire depuis 1906. Si le trauma de l’Etat léopoldien n’est pas loin, le travail contraint et sous-payé marque le quotidien des mineurs congolais au sein du grand « scandale géologique ». Cette même année, le prédicateur Simon Kimbangu est condamné à mort pour rébellion anticoloniale. Un jugement, commué par le roi Albert 1er en prison à vie, qui l’amènera à purger sa peine à une centaine de kilomètres de Shinkolobwe, jusqu’à son décès en 1951.

Les ombres d’Hiroshima

L’usage stratégique de l’uranium, en particulier l’énergie phénoménale susceptible de s’en dégager, intéresse les grandes puissances en quête de ressources pour asseoir leur force létale à l’entrée de la guerre. En 1939, face à la menace nazie, Edgar décide de mettre à l’abri mille tonnes du précieux minerai en l’expédiant dans un entrepôt new yorkais. Un stock vendu trois ans plus tard au gouvernement américain, pressé de concrétiser l’arme ultime au sein du très secret et couteux projet Manhattan. Au joli nom de « Trinity », le premier essai nucléaire grandeur nature de l’histoire, est effectué le 16 juillet 45 dans le désert du Nouveau-Mexique et s’avère concluant sur les effets inédits de destruction d’une bombe à fission.

La rancœur laissée par l’attaque de Pearl Harbor en 41 et la volonté d’éteindre le jusqu’auboutisme impérialiste du Japon, malgré la capitulation récente de l’Allemagne, constituent le prétexte suffisant au président Truman pour valider le largage le 6 août 45 de « Little boy » sur Hiroshima et « Fatman » (boosté au plutonium) sur Nagasaki trois jours plus tard.

220.000 vies s’éteignent dans les secondes, les jours et semaines qui suivent les ondes de choc, les températures, irradiations et feux apocalyptiques. Pour les survivants, les « Hibakusha », ce seront les brûlures irréversibles, des corps déformés, une cécité à vie, la malformation de nouveau-nés, des cancers multiples, le souvenir des proches retrouvés calcinés, des fantômes figées par le flash de l’explosion sur les surfaces de béton encore debout.

Face au fracas médiatique provoqué par l’événement dans les pays alliés, où l’on s’interroge frénétiquement sur les effets et potentialités de la bombe qui a su imposer la reddition nippone et la fin de la guerre, le jeune écrivain Albert Camus partage une réflexion lucide et toujours actuelle : « La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques ».

Quelques mois plus tard, c’est le tapis rouge pour Sengier qui devient le premier civil non américain décoré de la Médaille du mérite du gouvernement des Etats-Unis, avant d’être fait Chevalier commandeur honoraire de l’Ordre de l’Empire britannique, Commandeur de la Légion d’honneur française et Officier de l’Ordre de Léopold et de la Couronne par le gouvernement belge.

La course aux champignons

Juin 1946, échec du plan Baruch soumis par les USA pour contrôler la prolifération des armes nucléaires sous l’égide de l’ONU, tout juste créée. Méfiants envers leur rival, les Soviétiques ont plutôt suggéré un traité international mettant hors-la-loi la guerre nucléaire et imposant la destruction de l’intégralité de l’armement américain. Fin de non recevoir. L’URSS entame son projet nucléaire, menant à l’essai une première bombe en 1949. La course atomique est lancée, sur fonds de conflits chauds et froids à répétitions (blocus de Berlin déclenchant la création de l’OTAN et le Pacte de Varsovie en réaction, la guerre de Corée, du Vietnam, la construction du mur de Berlin, la crise des missiles à Cuba, la guerre civile en Angola, au Nicaragua, en Afghanistan, etc.).

Si de nombreux traités de non prolifération et la création de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (1957) poussent vers la détente, plus de 2000 explosions nucléaires vont être testées par les deux superpuissances et les nouveaux membres du club des champignons toxiques : Grande Bretagne (1952), France (1960), Israël (1963), Chine (1964), lnde (1974), Afrique du Sud (1982). Pendant que certains pays de l’Alliance transatlantique, comme la Belgique, les Pays Bas, l’Allemagne, l’Italie et la Turquie, acceptent progressivement d’héberger des ogives sur leur territoire, les uns et les autres produisent leur bombe A, H (thermonucléaire) ou N (à neutrons), des essais sous-marins, souterrains ou de très haute altitude, des missiles balistiques de longue portée, des ogives à têtes multiples et leurs lots de radiation d’archipels, de déserts ou de mers à l’abri des regards.

Parallèlement, l’usage civil du nucléaire se développe dès 1951 pour produire des centrales électriques qui procurent plus de 10% de la consommation mondiale aujourd’hui. Approvisionnement stable, coût bénéfice et manque d’alternatives efficientes sont les arguments les plus avancés jusqu’à nos jours par ses ardents défenseurs. Les accidents majeurs de Tchernobyl en 1986 et de Fukushima en 2011 ne freineront qu’un temps l’engouement pour l’atome, que seule une poignée de pays ont décidé de quitter (Suisse, Allemagne, Belgique, Italie, Québec). La Chine est en plein sprint et les leaders du business (Oreno, Westinghouse, General Electric, Siemens, Candu Reactors) ont encore de beaux jours devant eux. Le Japon, lui, fait fi de ses cataclysmes et poursuit l’aventure qui alimentent depuis des décennies les chaumières en électricité et mangas post-nucléaires.

Mais revenons à nos nuages assassins. L’implosion de l’Union soviétique a mis provisoirement un terme à la course du « c’est moi qui ait la plus grosse » avec la signature en 1991 du traité de réduction des armes stratégiques START1 qui prévoit une réduction progressive des armes nucléaires. La Biélorussie, le Kazakhstan et l’Ukraine, hôtes de quelques spécimens de l’ex-URSS s’engagent à les détruire ou à les transférer à la Russie. Malgré le cache-cache atomique avec l’Iran, le Pakistan et la Corée du Nord, ce sont le terrorisme islamiste et les cyberattaques qui occuperont le terrain et les craintes géopolitiques jusqu’il y a peu.

La réapparition d’une Russie conquérante et la montée en puissance de la Chine dans le peloton militaire replacent la dissuasion nucléaire au centre des déluges terrestres. Quant aux États-Unis, ils considèrent que leurs capacités nucléaires ne peuvent empêcher tous les conflits mais qu' »elles apportent une contribution unique à la prévention des actes d’agression de nature nucléaire et non nucléaire » (Examen de la posture nucléaire, publié par le gouvernement en 2018).

Vlad l’empereur

En dépits des pourparlers entamés avec les USA, le Royaume-Uni et la France, Vladimir a décidé d’attaquer de toutes parts le cousin ukrainien pour appuyer l’indépendance autoproclamée des séparatistes russophones de Donetsk et Lougansk, tout en fustigeant l’adhésion menaçante de l’Ukraine à l’OTAN. La Chine joue difficilement l’équilibriste entre soutien au grand voisin et vœux de désescalade, pendant que Kim Jong Un observe d’un léger sourire l’évolution de la situation. Poutine, en pleine coldwar-nostalgie, vient d’ordonner publiquement la mise en alerte de la force de dissuasion nucléaire russe.

Si « l’arme nucléaire est la fin acceptée de l’humanité » (Théodore Monod), osons espérer que ce nouvel épisode réveille à temps la réaction en chaîne de toutes les forces sensées et pacifistes, permettant à ce petit monde de survivre encore un peu à l’égo des potentats et à la folie de leurs fantasmes inexorablement éphémères. Mais comme l’histoire nous l’enseigne, les peuples ont tendance à souffrir d’amnésie.

GVL

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Le monde est suspendu au ciel, ce vide laissé aux oiseaux, au vent libre des tumultes

D’un marché à l’odeur acre du sang, de chiens grillés, du grouillement sans tête

La mécanique s’enraye, le pas se fait plus lent, le chant des arbres s’écoute à nouveau

Face à la peur, la mort qui n’a jamais cessée, au pourrissement qui ne rôde pas qu’ailleurs,

On pense aux êtres chers, à l’enfant qui joue plus longuement, le regard qui s’étend

Au-delà des prophéties, des états d’urgence, du masque sans bouche

L’humanité s’observe fragile, plus éphémère, au ralenti des jours promenés

Dans le complot des hommes, de profits déchus, des avoirs solitaires

La Terre tousse, ne meurt pas moins, s’éveille à des temps étrangers

Comme un nouveau tremblement, que nous pourrions entendre ou encore ignorer

Aux confins des foyers, des écrans de fumée, des feux sans cesse ravivés,

On rêve un peu plus, s’élèvent l’espoir assoupi, cet élan de clarté,

Un deuil se répand, la nature de l’espace reprend,

Sur des pouvoirs déposés, on a des baisers tendres, des attentions nouvelles,

L’impression d’autres possibles, à portée de main, lavées d’illusions

A l’horizon d’envies, d’un courage à suivre, d’un présent peut-être inespéré

Il était une fois dans l’Ouest

Il était une fois dans l’Ouest

L’enfant de Lisala*, élévé sous le goupillon colonial, décida qu’un beau jour il ne courberait plus l’échine, encouragé par la sirène du fleuve** qui, en pleine rêverie, l’interpela par ces mots :

A l’étranger gourmand
Tu sacrifieras l’étendard
Pour hisser tes galons
Au jeu des maîtres-pilleurs

Et n’oublies pas de m’honorer de sang pur, à chaque nouvelle lune, pour être au faîte de ta gloire…

A peine eut-il le temps d’ouvrir la bouche qu’elle disparut sous les flots.  Certes trop jeune pour saisir toute la teneur du songe, le petit Joseph s’en retourna chez lui empli d’un nouveau regard.

Les années passèrent sans qu’il ne cesse de repenser à cette étrange rencontre, convaincu  qu’il était promis à un grand avenir.  Devenu adulte, il se mit à glaner quelque grade d’officier, noua des amitiés d’indépendance, tout comme des liens discrets avec l’oncle Sam et d’autres visages pâles.  Tandis que son camarade Patrice haranguait les foules d’une liberté si longtemps volée, Joseph choisit de jouer une autre partition, composé par l’orchestre colonial de Belgique.

Si habilement qu’en héraut du peuple on passa du franc leader, dissous dans les intérêts capitaux, au jeune colonel bien aligné sur le champ des convoitises. Aussitôt promu shérif° de l’Ouest par certaines chancelleries, Joseph n’allait pas s’en tenir à ce premier coup d’éclat.

Après la vague de ministres éjectables, un parti inique et le désordre martial habillèrent rapidement le règne de l’Aigle de Kawele, président fondateur de trois décennies de valses diplomatiques, de louanges à billets et d’éléphants blancs comme l’assistance technique.

Joseph s’installa ainsi confortablement sur le trône, édifiant son culte aux liesses populaires, paré d’une authenticité en toque et abacost.  Le papa national alla même jusqu’à descendre du ciel à l’ouverture de chaque journal télévisé.  Mais ce royaume doré, face aux évitables ajustements structurels du sacro-saint développement et bloc soviétique se déglinguant peu à peu, vit le marbre se fissurer peu à peu.

D’autant que la rue n’était pas dupe :

Sese seko mon oeil
NOUS sommes les guerriers
Les bataillons du système D
Pas de ton combat du siècle
Où tes victimes empliraient le stade

De fait, les fastueux banquets à Gbadolite ignoraient les estomacs creux de Matonge, les  millions de zaïre n’achetaient plus aucune illusion tandis que les crocodiles mangeaient copieusement de l’opposant. Le roi léopard devenait-il vincible ? Il eut beau interroger le fleuve, aucune femme-poisson ne se pointait à l’horizon, ni les amis belges et d’Amérique d’ailleurs. Même le copain Baudouin ne répondait plus au téléphone pour les vœux de bonne année!

N’ai-je pas déjà consenti assez de sacrifices pour cette Mami Wata? Que veut-elle de plus se demandait-il jusqu’à l’obsession.

Si l’ouverture forcée aux voix plurielles donna au guide de la nation des larmes d’émotions, il s’accrocha à son sceptre quelques saisons des pluies encore, avant qu’un vieux maquisard contrebandier ne débarque de l’Est pour le lui ravir, au gré d’alliances inattendues.  Malgré une tape dans le dos du sage Madiba, c’est malade et désavoué de tous que le maréchal dut se réfugier chez son confrère marocain du potentat.

Là, au soir de sa vie, lors d’une promenade en bord de mer, la créature des eaux lui apparut une dernière fois pour transmettre ce funeste message :

Le pouvoir a un prix
Tes morts te réclament
Je t’ai promis la puissance
Pas la serénité de ton âme
Rejoins à présent le fils d’Onalua***

A ces mots, il s’effondra pour de bon, le cœur arrêté sur une question adressée à l’enfant de Lisala qu’il était : qu’aurais-je été sinon le monstre des colonies ?

———————————————–

*Joseph-Désiré Mobutu

° Pensée pour les collègues Pinochet, Papa Doc, Hassan II, Trujilo, etc.

**Mami Wata

***Patrice Lumumba

Rhapsodie

Rhapsodie

Du chant de travail jaillit

L’écho porteur des vies meurtries

Doux chariot cheminant les voix inouïes

En prêches s’élève l’unité

Du chœur au point d’orgue levé

D’un blues se confiant au ciel tombé

Dans le bayou du fifre créole

Louisiane danse la biguine frivole

Aux cymbales se brisent les fers agricoles

Comme ce banjo qui trimbale

Depuis le Sud ses airs de cavale

Des cabarets aux ghettos chorals

Au sillon des notes bleues

S’aiguille l’esprit, l’espoir radieux

Sous les accords libres, le souffle vertueux

La syncope des sans retour

Déchaînant les cordes et tambours

L’ardeur d’un roc, une voix de velours

L’attitude pour allant

Le flot des mots tranchants

Des maîtres de cérémonie conquérants

D’un appel contre l’oubli

Où résonnent les cœurs insoumis

Du cri des plantations jusqu’à la symphonie

BO : https://www.youtube.com/playlist?list=PL0GuXE6srIuaVQfKLuMtZrwUK9NY46e5A

Solitudes

Solitudes

Elles forgent ce profond silence épousant nos fors intérieurs

Refuges d’abandon, du rêve, des grandes incertitudes,

Foyers muets d’où naissent l’élan, les vives déchirures,

Elles habitent d’étranges raisons, la beauté des montagnes,

Un brasier d’espoir, mille logorrhées avant l’ultime soupir,

L’amour égaré, des maux incurables, le courage encore enfoui,

Elles nous promènent sur les chemins de campagne, la plage d’un hiver

Des images bien gardées, un ciel immense, de calmes vacuités

Dans les méandres de l’âme, des œuvres pures et parfois quelques vers

Rouge

Rouge

Ce fut la blessure après le temps des cerises

La belle de nuit sombra, gorge sous une vouge

De peine se fendit un cœur, las des corridas

L’esprit à feu et à sang, triste magma avoué-je

Eut beau chanté le cardinal au feu du soleil

Seul un jaja consolait notre pauvre bouge

Un sceau sur les lèvres, noyé au saint amour

Cette chair se prenait de bons coups de gouge

Quand l’espoir sans cible pointa une vive lueur

L’érable déployait son printemps au cloître rouge

Sa douleur emprunta l’allée des patiences

Aux lanternes d’un passé que personne ne bouge

Si la passion ne peut brûler pour toujours

Diable que de braises encore, vous avoué-je

Ubiqus

Ubiqus

Je suis l’homme au mitan, chaque saison à cultiver

Entre les replis et l’allant, un rêve d’ubiquité

Je suis d’intimes moments, ces regards familiers

L’amour en mouvement, un couple d’aventuriers

Je suis un jeu d’enfants, quelque sauveur masqué

La voix du conte persan, ces bras où sommeiller

Je suis le fils impatient, des souvenirs glanés

De tendres sentiments, l’oiseau qui s’est envolé

Je suis le complice à tout vent, frère d’échappées

Ici les jours sans, là une évasion jusqu’à la rosée

Je suis d’infinis battements, le cœur bien attaché

Entre les replis et l’allant, un désir d’humanités

Bleu

Bleu

Le passerin chante le goût des raisins, ses passions d’azur

Les maisons de Jodhpur honorent les dieux hindous

En majorelle papillonnent les iris déployés

Le targui, aux yeux limpides, a des rêves d’outremer

Un ciel de faïence arbore les prières ottomanes

Notes de jazz pour les nus de Matisse

La linckia, danseuse étoile des fonds pacifiques

Libanga

Libanga

Chères accointances volatiles,

Célébrons l’enjaillement des lunes chaloupées,

Quelques consorts émérites des parades noctambules

Les Bourgeois gentilshommes, Lou des Galas,

Son excellence Jo-Air, la Marquise de Waragi-Saint-Pierre,

Ked L’élégantissime, Patou le Grand enjoliveur,

Trinidad & Sukanti, l’Homme de Bangui, d’ici et d’ailleurs,

Lionel Samson night, Suzy Fouka Fouka, l’Alpaga des collines,

Miss sans glaçons & Consoeur, le Duc de Beaugueton,

Au Jimmy Hoo, Kafé Krème, Swan et 144 autres abris

Se nichent les souvenirs éphémères des grands oiseaux de nuit

Avec toutes mes danseuses platitudes,

« Golden » Gate

(Dollars & chèques acceptés)


La ville-monde

La ville-monde

Sous les géants qui se toisent, des fenêtres jouent aux dominos

En causeries latines, d’ivrognes solitudes, sur un air de jazz

Des prières hassidiques, les ébats amoureux, une berceuse haïtienne

Quelques nouvelles de Chine, l’odeur des acras, un silence de mort

En caresses pour le chat, des passions clandestines, la mémoire perdue

Ce chapelet entre les doigts, les vibrations d’un râga, de folles obsessions

Au souper de famille, à l’envie de revoir Gaza, en éclats de rires

Avec le rouge aux lèvres, un vieux couple qui danse, des esprits accaparés

Tous ces cœurs battants, rhizomes de vies et autant d’espérances

Échos d’une ville-monde sur la rive d’un soir incertain

Futur

Futur

Il se pointe toujours à l’horizon

D’un présent promenant quelques idées

 

Voyage sur la Lune, suivi d’Orion

Le chant d’esclaves déchaînant la destinée

 

On le dit faiseur d’effet papillon

D’une aventure pareille à l’odyssée

 

De la vie le tourbillon

A vingt mille lieues ou là sur la jetée

 

Feu l’amant des constellations

Essaimant leurs couleurs d’éternité

 

La vie devant soi avant l’oraison

Un veilleur bordant le soleil au coucher

 

Jusqu’à la mort un fidèle orphéon

Soufflant à la nuit le nouveau jour à enfanter

Le Bal des vampires

Le Bal des vampires

The Fearless Vampire Killers or Pardon Me, But Your Teeth Are in My Neck  demeure l’une des plus douces rencontres avec les buveurs de sang.  Baroque et joyeusement effrayante, cette chasse aux démons a su jouer avec les archétypes de l’épouvante comme jamais. A l’instar d’Herbert, fils du Comte Von Krolock, dont les crocs raffolent fébrilement de la chair masculine, le grivois Shagal qui ne peut pencher totalement du côté obscur ou ce doux dingue professeur Abronsius, aussi perché qu’un Tournesol.

Les belles Dolomites se déguisent pour l’occasion en Carpates enneigées jusqu’au cou, où voisinent une auberge yiddish fourrée d’ail et un menaçant château. La coloration désuète des images accentue la fantasmagorie du paysage, des personnages et l’atmosphère burlesque de cette course-poursuite qui liera pour l’éternité – a l’écran comme à la ville – l’apprenti tueur de vampire Alfred (Roman Polanski) à la sublime Sarah (Sharon Tate).

Cette dernière y incarne une divine ingénue qui dilue son ennui du contrôle parental dans le plaisir des bains mousse. Le coup de foudre d’Alfred-le-niais pour cette marquise des anges lui fournira les roubignoles pour aller la soustraire aux morts-vivants. Mais, malgré leur bravoure, ses sauveurs ne pourront empêcher Sarah d’afficher deux jolies canines à l’issue du récit. Une fin tragique suggérant que le mal peut aussi l’emporter, comme le fut sa vie, poignardée par les suppôts de Manson, quelques mois après la sortie du film.

Si cela fait cinquante ans qu’elle repose sous la stèle d’un cimetière californien, sa présence spectrale continue d’hanter, à chaque regard, ce conte immortel.

 

Barberousse

Barberousse

J‘ai l’impression vague que vogue la galère

Ma raison divague sur l’océan des imaginaires

Il s’y cache un trésor, quelques perles de vie

Un cœur en fort, la source d’une précieuse folie

Hissons la nuit tombée pour quitter la grève

C’est au récif étoilé que s’aventurent les rêves

Trouvons cette île, lovée aux confins des envies

On y dansera sous la canopée, un ciel infini

Cap sur l’horizon, où mène le vent des possibles

A la barre naviguons d’espoirs invincibles

Elle a ce parfum de rhum, la courbe des fantaisies

Je serai le plus heureux des hommes, ancré à ses poésies

A la cour des regards

A la cour des regards

Au palais des miroirs contemplez le reflet

Née le matin dardar des pouces à souhait

 

De l’office au boudoir défilent les paysages

Des cœurs à pourvoir pour le favori en partage

 

Au bal des clichés il est aisé de choir

Sur le fil haut-perché les vacuités d’un soir

 

A la galerie des glaces on s’endort si tard

Des mondanités se lasse une solitude noire

 

Saillant le portrait à la cour des regards

On y pose en effet son ego sous le fard

Amerika Fake Again

Amerika Fake Again

Perdu dans les méandres du Tube, en tentant d’oublier l’issue de l’élection outre-atlantique, je tombe sur un duel opposant deux catcheurs des plus mémorables.  La  seule vision du slip canari me plonge illico dans le vortex des années 80, quand l’empire  américain parfaisait l’éducation cathodique des coupes au bol dans tout le bloc de l’Ouest.

Un petit récap du pédigrée de ces poids lourds de la lutte chorégraphiée ?  A ma gauche, le multiple champion du monde, ex-guichetier converti au culturisme télévisé et rock patriotique, dont la calvitie pointe à 2m08 pour 137 kilos, « Hulk Hogan » le Super Destructeur alias Mister America.  A ma droite, l’unique frenchy ayant obtenu la ceinture suprême, vétéran des coups simulés de ses 2m23 pour 210 kilos, surnommé la Huitième merveille du monde ou le Monstre de la Tour Eiffel, « André  The Giant ».

Pour les gamins flanqués en 1988 devant leur écran, ce duo représente le sommet des spécimens peuplant la WWF (World Wrestling Federation, acronyme perdu depuis au profit du panda géant). Une belle bande de gros durs, anabolisés ou simplement obèses, aux voix d’ogres, dont beaucoup tutoient les sept pieds et l’autobronzant. The Ultimate Warrior, Undertaker, Randy Savage, King Kong Bundy, Rowdy Roddy Piper et autres Coco B. Ware forment cette panoplie attachante de surhommes qui aime à se stranguler sous le regard de leurs survitaminés managers, d’arbitres et chroniqueurs en paille, pour des milliers de fans.

L’affrontement se déroule chez un hôte récurrent de la Wrestlemania : le quadra Donald Trump. Son stade plein à craquer de mains géantes en mousse, de sceaux de pop corn ou soda constitue un beau filon qu’il exploitera jusqu’à se décoiffer dans un improbable combat des milliardaires vingt ans plus tard…

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Bercée par « Bad » de Michael Jackson ou l’oubliable « Naughty Girl » de Samantha Fox, cette année 88 se situe en pleine Hulkmania, alors qu’André demeure l’un des seuls pouvant défaire le grand moustachu de son titre.  Tout l’enjeu de la confrontation est de voir si Hogan réussira sa promesse de porter le colosse au-dessus de sa tête  avant de l’envoyer au tapis. Si Dédé n’a plus la grande souplesse, il joue sa brute avec poigne, tandis qu’Hulk démontre une résistance aux mandales aussi spectaculaire que ses yeux exorbités. Je vous épargnerai ici la description du match, en vous invitant à (re)voir ce show, avec des lunettes d’enfants ou celles observant les grosses ficelles d’une tragédie grecque : le bien, le mal, la fourberie, la justice, la haine et l’amour indispensable du public.

Mais au-delà du tendre souvenir, je me disais qu’en enfilant son collant de candidat à la Maison blanche, Trump prouve – là encore – que du showbiz à la politique il n’y a qu’un pas.  Cette confrontation entre Hilary Clinton et Donald Trump aurait d’ailleurs pu faire l’objet d’une chronique enjouée d’un bon vieux catch :

C’est incroyable, « Killary » s’apprêtait à bondir de la troisième corde pour plaquer « Orange Mad » au sol, quand celui-ci réussit à l’esquiver par une roulade vers l’extrême-droite du ring, laissant la favorite complètement k.o.  Entre l’effroi, les huées des uns et l’applaudissement des autres, il  soulève à présent la ceinture.  Comment a-t-il donc fait Bobby ?

Oui, c’est fou Billy, je n’y crois toujours pas! On a jamais vu un enchaînement aussi efficace : marteau-piqueur (médiatique), descente du coude (politique) et prise du sommeil (démocratique)… Nous avons en tout cas un nouveau champion chers téléspectateurs…

Petit blues

Petit blues

L’esprit errant sur ses fétiches

Au théâtre des souvenirs

A l’audience des capricieuses

Pensées douce-amères

 

Il y joue son petit blues

Du temps qui passe

Ces amours échoués

Sur une chanson grave

 

Aux mêmes refrains

Son corps se saoule

Sur le comptoir usé

D’une longue tristesse

 

Jusqu’au petit matin

Des nouvelles lueurs

Qui dissipe sa mélancolie

A la rosée des espérances

Lumen

Lumen

J’ai croisé le regard d’une enfance oubliée

Qui écoulait les jours à la bougie du rêve

S’évadant des litanies d’un Christ-sorcier

 

D’une voix portée comme un flambeau

Elle chantait jusqu’à fondre la solitude

Apprivoisant la compagnie des ombres

 

Le souffle suspendu sur des rhapsodies

Qu’elle vous berçait de toute son âme

Jusqu’à incarner cette profonde lumière

Imago

Imago

Posé sur cette feuille, un cocon martyr

Le cafard s’y déhanche, incapable de fuir

Des sentiments vains qui ne font mouche

Dans ses bras seul un phasme se couche

 

Parader avec une Belle-Dame l’a ému

Depuis la phalène ne papillonne plus

L’abdomen crispé au cœur trop tendre

D’un battement d’aile dut se méprendre

 

Ce spécimen provient des doux-rêveurs

Grand monarque aux nymphes humeurs

Chenillant d’un espoir bien chimérique

Convoler avec elle jusqu’aux Amériques

Chant de l’aube & Danse du crépuscule

Chant de l’aube & Danse du crépuscule

CHANTER l’AUBE

Il est si tard

Cher petit monde

Pour peindre tes manies

Ta laideur ou tes beaux jours

Même emporté par une musique sacrée

 

En cette nuit claire

Compagne d’insomnie

J’écrirai donc à cette Lune

Qui perce l’ombre des nuages

Au reflet d’un soleil toujours vaillant

 

Dans l’hiver nu

Entourant mes mots

Je danserai comme l’Intore

Au son des maîtres-tambours

Juste animé par une faim de vivre

 

A l’aube tranquille

Des étoiles assoupies

Je finirai alors par chanter

Avec ce cœur qui bat l’instant

Jusqu’à pouvoir m’endormir léger

 

LA DANSE DU CREPUSCULE

 

Monde ogre

Qui nous vomit

Chaque jour j’écrirai

Tes travers et tes beautés

Millénaires, au son de mille calvaires

 

Chaque jour je vois

Des étoiles saigner

Et chaque jour je croise

Des astres errants

D’une erreur faste à une autre

 

L’air épais du soir

Porte quelques notes

De cris cachés dans le noir

Qui fredonnent des refrains solitaires

En écho au vent du Nord

 

Alors on danse encore

Au crépuscule sous nuage

A l’aube grise sans amour

Malgré l’air funeste, pour nos foudres perdues

Pour honorer le silence de nos tambours percés

 

La Danse du crépuscule est un poème écrit par l’ami Mbewane – https://mbewane.wordpress.com/ – qui a joué le jeu de « répondre » à Chant de l’aube. Merci à lui pour cet autre regard posé sur la présence au monde aux petites heures…

Les mots doudous

Les mots doudous

Ces yeux amandes me ravirent

Depuis l’aube incertaine

Qui éveilla ton regard

 

Au murmure d’un pleur

J’ai soufflé les aventures

Pour charmer tes paupières

 

Autant de rires aux larmes

Plongés dans mes bras

Où berce encore ton coeur

 

Comme le vieux doudou

Héros de tes jeux d’ombre

Sous un soleil complice

 

Ces souvenirs gravés

A la tendre enfance

Sont à jamais pour toi

 

Ô Dieu

Ô Dieu
La peur en sacre
D’odieux desseins
Aux pieux massacres
Priez sans cœur assassins
Cette foi à double-tranchant
Qui laissera vos âmes en lambeaux
La lâcheté des actes convertit seul le néant
Ni Dieu ou paradis pour vous élèver des tombeaux
Si aujourd’hui des larmes coulent sur les corps innocents
D’une guerre ceinte par ces fous perdus au jeu des puissants
La liberté a de plus fervents croyants, une armée d’espoirs ardents

Le fétiche colonial

Le fétiche colonial

Au bout des étangs se dresse l’étrange totem

Appendice d’une épopée aux méandres infinis

De cette conquête habillée en robes blanches

Demeure bien silencieuse une femme-trophée

Visage clos en souvenir des mémoires officielles

 

A l’aune des arbres sentinelles encerclant l’oubli

Des promeneurs d’un siècle de douleur écoulée

Là au cœur des ténèbres du fantasme exotique

De vies sacrifiées au loin des allées cossues

Bordant ce sceau impassible de leur abondance

 

Que raconte aujourd’hui ta pierre en sommeil

Sur la gloire obsolète d’aventureux pionniers

Quel fétiche adresses-tu au peuple meurtri

De l’étoile d’or qui s’est nourrie de ses corps

Dont les enfants versent toujours le tribut